Soutenez le PS

Adhérez au PS

Laïcité et modèles d’intégration (Partie II) – Belgique, Pays-Bas et Luxembourg

Monique Desjean (Luxembourg) ; Cecilia Gondard (Bruxelles) ; Sebastien Huber (Bruxelles)  ; Marie Aude Thibaut (La Haye) ; Michael Vincent (Londres); Dans le cadre de l’université de printemps du Benelux 2015 organisé par le Parti Socialiste

Si les modèles d’intégration britanniques et français s’opposent, les modèles des pays du Benelux diffèrent beaucoup moins. Ils ont été cependant influencés par les modèles de leurs voisins et par leur propre histoire de l’immigration donnant à chacun d’eux une vision spécifique de la laïcité:

Pays-Bas

Aux Pays-Bas, il n’y a pas de principe de laïcité mais un principe d’égalité entre religions reconnues (cf. concordat). Le principe religieux fait partie intégrante de la société néerlandaise (dans le domaine politique, au travail…). . Par exemple, le parti conservateur Néerlandais, commence ses réunions par une prière. Il y a aussi des groupes d’entrepreneurs qui se retrouvent pour prier ensemble. Ce phénomène n’est absolument pas marginal. Avant tout pour observer les Pays Bas, il faut comprendre que le pays s’est construit sur deux piliers :

  1. L’eau. En effet pour survivre ensemble, il faut gérer les digues et les canaux ensemble (quelle que soit votre ville, votre région, votre religion, votre parti politique ou votre club de foot préféré.)
  2. La paix religieuse. Celle-ci se base sur une égalité des droits pour chaque communauté.

En ce qui concerne les réponses politiques apportées à l’immigration extra-européenne depuis la seconde guerre mondiale, on peut mettre en opposition les deux politiques d’intégration menées aux Pays Bas.

Deux politiques d’intégration

Dans les années 70, les Moluques font partie de l’archipel de l’Indonésie et sont une ancienne colonie néerlandaise. Après l’indépendance de l’Indonésie, il y a eu une forte immigration de cette population vers les Pays bas où ils ont servis de main d’œuvre bon marché et contribuaient au développement économique du pays. Plus tard, la deuxième génération de Moluques se sentant discriminée se révolte et pour une minorité d’entre eux se lancent dans des actions très violentes proches du terrorisme (assassinats, prise d’otages, détournements de trains etc…)

Si la réponse pénale est ferme et intransigeante, il y a dans la société et au plus haut sommet de l’Etat une prise de conscience qui conduit à la définition et la mise en œuvre d’une Politique des Minorités : égalité de traitement et lutte contre les discriminations, associée à l’idée du maintien de l’identité culturelle d’origine. Par exemple la Note sur les minorités de 1983 ne prévoit pas l’obligation d’enseigner le néerlandais dans des écoles islamiques pourtant soutenues par l’Etat financièrement (comme les autres écoles catholiques ou évangéliques). La double nationalité instaurée en 1992 facilite l’accès à la nationalité néerlandaises de beaucoup d’allochtones qui ne sont plus obligés de renoncer à leur nationalité d’origine. Mais cet accès se fait à l’époque sans condition de connaissance linguistique.

A la fin des années 90, La prise de conscience que les 4 principales villes des Pays-Bas (Rotterdam, Amsterdam, Den Haag, Utrecht) pourraient devenir à majorité musulmane d’ici 20 ans, ainsi que la première guerre du Golfe ont provoqué un véritable électrochoc dans la société néerlandaise. Qui plus est, la configuration n’est plus la même – Il s’agit d’une immigration nord-africaine (souvent marocaine) qui n’a pas d’histoire commune avec les Pays Bas et qui ne se reconnaît pas forcément dans le modèle occidental, alors que dans les années 70, les revendications de naturalisation émanaient de jeunes issus des colonies néerlandaises qui voulaient devenir des néerlandais à part entière.

La montée en puissance de Pim Fortuyn à Rotterdam avec son slogan « Les Pays Bas sont pleins !!! » a rencontré un écho très favorable dans une société néerlandaise ne se sentant plus représentée par une classe politique toujours à la recherche du consensus et du compromis.

Malgré son assassinat, ou peut-être grâce à lui, la classe politique s’empare du sujet et c’est ainsi que naît la Nouvelle Politique d’Intégration. En mai 2002, une semaine après l’assassinat de Pim Fortuyn par un activiste défenseur des droits des animaux, son parti politique devient la 3ème force du pays et est immédiatement intégrée dans une coalition de centre droit. L’ensemble de la classe politique demande une nouvelle politique d’intégration peut-être pour calmer le peuple et stopper le sentiment antimusulman qui se répand dans tout le pays.

Les 4 piliers de cette nouvelle politique sont :

  • tests de langues et d’intégration avant d’arriver dans le Pays(expliquer les valeurs néerlandaises (tolérances des mœurs, des religions etc..) Effet pervers : Pas simple d’apprendre le néerlandais à l’étranger
  • L’intégration est désormais synonyme d’assimilation et plus de pluralisme
  • La culture des migrants n’est plus vécue comme une richesse mais comme un risque.
  • L’Etat n’accompagne plus les immigrants: il leur appartient démontrer qu’ils veulent s’intégrer, c’est à eux de s’en donner les moyens.

La mise en place de cette politique a pour objectif de réduire le regroupement familial. La période 2002-2006 est une période troublée dans la société néerlandaise. Les Néerlandais avaient une vision d’eux-mêmes comme étant libéraux, tolérants, adeptes du compromis dans tous les aspects de la société néerlandaise. L’assassinat de Pim Fortuyn, puis de Théo Van Gogh ainsi que l’action politique de la ministre de l’immigration Rita Verdonk ou de la député Ayaan Hirsi Ali ont changé profondément la classe politique néerlandaise et permis l’arrivée sur le devant de la scène de l’extrémiste Geert Wilders et de son programme politique profondément islamophobe.

Belgique

La Belgique est née d’une alliance de la bourgeoisie libérale et catholique contre le prince d’Orange. Basées sur des principes français, les oppositions se sont unies. Toutes les religions sont officielles et aucune ne prédomine. Dieu n’apparaît pas dans la constitution de 1830. Le principe entre les libéraux et les catholiques c’est « l’union fait la force » et le glissement du point de tension tend vers autre chose. Le catholicisme a joué directement le jeu de la démocratie pour être visible car il ne pouvait pas faire partie de l’état et il lui fallait trouver un moyen pour être présent sur la scène religieuse belge. La Belgique reconnaît officiellement plusieurs cultes (financement des retraites et de l’enseignement religieux, entretien des lieux de cultes…) : Catholique / Laïc / Islam / Orthodoxe / Anglican / Israélites / Syriaques et bientôt le culte bouddhistes. La laïcité est ainsi considérée comme un culte.

Il y a en Belgique un effet de « pilarisation » : presque tout y est conditionné selon les trois familles politiques (libéraux, socialistes ou chrétiens) ou les deux grands piliers “religieux” : laïc ou chrétien. Citons notamment le débat sur l’euthanasie: le droit de réserve doit être personnel mais pas institutionnel. Un hôpital ne peut revendiquer le droit de réserve quand un praticien à son échelle le peut.

La laïcité est la deuxième « religion » reconnue

La laïcité est donc organisée et structurée comme n’importe quelle autre organisation religieuse (coordination nationale, antennes locales) : la laïcité est basée sur le principe du libre examen. La laïcité est par ailleurs très axée sur la franc-maçonnerie.

Ce n’est pourtant que depuis que 2002 que ces institutions non confessionnelles laïques sont reconnues comme « religion » et bénéficient des avantages que l’on réservait jusqu’à lors aux religions « traditionnelles » (subventions, financements…). L’organisation laïque offre a ses « adhérents » les mêmes avantages qu’une religion « traditionnelle »: soutien moral, journées de la jeunesse, cérémonies de mariage et de funérailles.

La Belgique a connu entre temps une grosse « crise scolaire » qui a mené les établissements religieux à passer sous contrat quand ceux-ci étaient auparavant publics. Pour les laïcs belges, le problème vient de la famille royale qui doit être élevée dans la religion majoritaire en Belgique et le Te Deum (lors des cérémonies officielles, le peuple doit remercier Dieu pour leur avoir donné le Roi) est mal vécu par les laïcs. En 1990, du 3 au 5 avril, le roi a été déclaré inapte à régner pour que le gouvernement puisse signer la loi sur l’avortement puisque par tradition religieuse, le Roi ne pouvait pas soutenir cette réforme. Les signes religieux sont interdits dans les métiers fédéraux (police, armée, justice).

La commune décide pour ce qui est permis et interdit dans l’espace public même si quoi qu’il arrive il est interdit de se masquer le visage et d’arborer le voile intégral. C’est aux régions de décider ce qui est autorisé pour les fonctionnaires et aux patrons du privé ce qui est autorisé pour leurs employés.

Dorénavant, l’enseignement laïc étant considéré comme un enseignement religieux à part entière, un enseignement neutre pour ceux qui n’ont aucune confession doit être proposé. Le laïc n’est plus considéré comme l’option réservée aux non-religieux.

Luxembourg

Au Luxembourg, un nouveau gouvernement vient d’être élu, signant le départ du parti chrétien. Les verts, les socialistes, et les libéraux qui sont au gouvernement ont décidé de la séparation. Avant, la religion faisait partie intégrante du pays : les prêtres étaient payés par l’Etat et les églises étaient rénovées par l’Etat. Pour que cette séparation soit effective, la constitution doit maintenant être modifiée et cela prend du temps.

Les cours de religion vont être remplacés par des cours de valeurs communes qui ne seront plus dispensés par des représentants de l’Eglise comme c’était le cas avant. Que vont faire les professeurs qui étaient chargés de ces cours ? Il va falloir les replacer et il faut réfléchir aux alternatives. D’une manière générale la religion n’aura plus sa place à l’école. Jusqu’en 2013 les bâtiments et biens de l’Eglise étaient exempts d’impôts. Les gens avaient la possibilité de léguer leurs biens à l’Eglise et ces biens-là sont ainsi également exonérés.

Le Te Deum a été annulé. La communauté musulmane est reconnue depuis 1992 et jusqu’à maintenant, le chef du culte musulman était lui aussi payé par l’Etat. Cependant, ces salaires vont petit à petit diminuer jusqu’à être supprimés d’ici 20 ans. En outre, les chefs de cultes continueront d’être nommés par les religions mais cette nomination devra être validée par l’Etat. Cette mesure a été réclamée par la religion catholique pour lutter contre l’intégrisme musulman (éviter d’avoir un intégriste au sommet de la communauté musulmane).

Au niveau de l’intégration, il n’y a pas eu de gros problèmes d’immigration mais l’arrivée des musulmans et des orthodoxes a posé un problème à la communauté catholique. Les problèmes d’intégration sont créés par le Luxembourg lui-même.

Un référendum sur le droit de vote des étrangers a eu lieu le 7 Juin. Soutenu par le chef de l’église catholique, les Luxembourgeois ont cependant fait le choix de ne pas accorder ce droit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.