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Référendum sur le Brexit: un dangereux détonateur pour l’avenir de l’Union européenne

Analyse du Groupe Europe (Bruxelles)

Référendum sur le Brexit: un dangereux détonateur pour l’avenir de l’Union européenne

Les Britanniques se prononceront jeudi 23 juin pour un maintien de leur pays dans l’Union européenne ou pour une sortie du projet européen: le Brexit. Même si David Cameron est parvenu à arracher quelques aménagements réduisant l’engagement de son pays auprès des autres 27 chefs d’Etat et de gouvernement (en plus du traitement de faveur actuel dont nos voisins d’Outre-Manche bénéficient – budget etc.), ce n’est pas ce qui va décider les Britanniques à voter dans un sens ou dans l’autre.

Quid d’un oui, quid d’un non de la part des citoyens de Sa Majesté? L’Europe y perdra dans les deux cas. Jamais dans sa jeune histoire l’Europe n’a été secouée par tant de défis tels que la crise économique de 2007-2008 dont bon nombre d’Etats membres ne sont toujours pas remis, la crise grecque, l’afflux massif de réfugiés, la mise en danger de la démocratie dans plusieurs Etats membres etc. Avec l’épreuve supplémentaire du référendum britannique, l’Europe risque de laisser encore davantage de plumes et peut-être même plus. A moins que les chefs d’Etat des 28 ou ceux de la zone euro prennent le taureau par les cornes, à commencer par François Hollande et Angela Merkel.

Si les Britanniques sortent, n’est-ce pas une saine clarification pour l’Europe ?

Il est vrai que le Royaume-Uni s’est toujours opposé à plus d’Europe tout en y participant. Pour autant, une Europe sans le Royaume-Uni est difficilement concevable. Penser que les pays européens peuvent continuer à peser sur les affaires du monde et faire face à leurs plus grands défis sans s’unir est une illusion. Comme l’a rappelé le Président Obama dans son ‘Discours aux Européens’ : « une Europe unie demeure l’espoir d’un grand nombre et une nécessité pour tous ».

Un vote de nos voisins d’Outre-Manche pour une sortie de l’Union européenne ferait suite au référendum des Danois, qui ont voté contre une plus grande coopération judiciaire et policière en Europe (3 décembre 2015) et à celui des Néerlandais qui se sont prononcés contre l’accord d’association avec l’Ukraine (6 avril 2016) – autant de votes contre l’Europe. Avec une sortie des Britanniques de l’Europe, l’Union ne serait plus ce roc de démocratie solide et indissoluble mais, au contraire, un club mou et à géométrie variable dans lequel on peut entrer et sortir à sa guise. Jusqu’à présent, le Royaume-Uni préférait faire partie de l’aventure – bel hommage à l’efficacité de la construction européenne. Or, avec la sortie du Royaume-Uni de l’Europe, c’est la fin de la stabilité européenne, puisqu’on peut revenir en arrière. Fini les promesses d’entente, de paix et de solidarité en Europe. Ce serait un retour à l’Europe des alliances et des rivalités comme on les a connus aux XIXe et XXe siècles et qui ont conduit le continent – et le monde – dans le chaos.

Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait apparaître comme le coup d’envoi d’un mouvement plus large pour d’autres Etats membres qui ont manifesté des velléités d’émancipation voire de sortie de l’Union européenne. Qui oserait dire aujourd’hui que les eurosceptiques du Danemark et de Suède, ou que la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie, dont les dirigeants multiplient les déclarations europhobes, resteront dans l’Union européenne ?

Si les Britanniques restent, tout ira pour le mieux, alors?

Un oui Britannique au maintien dans l’Union européenne sera un soutien fort à la construction européenne de la part d’un des plus grands pays de l’Union dans tous les sens du terme. Mais David Cameron a instrumentalisé ce référendum. Il a utilisé cette promesse politique dans un bras de fer avec la Commission et les autres Etats membres pour obtenir encore un peu plus une Europe à la carte telle qu’il l’envisage, une Europe réduite à une zone de libre-échange soumise à une globalisation ultra-libérale.

Ce bras de fer montre qu’avec un chantage à la sortie de l’Union européenne, le gouvernement d’un Etat membre peut obtenir des avantages pour son pays. Cameron a obtenu des dérogations supplémentaires avec cette méthode : les demandes de traitement de faveur ne pourront que se multiplier – accélérant le détricotage de l’Europe, qui n’est dans l’intérêt de personne.

Quid d’une Hongrie ou d’un autre pays d’Europe centrale en faveur d’une exclusion totale de l’immigration ou du droit d’asile des compétences européennes? Quid d’un Etat membre qui appellerait à la fin de la solidarité des fonds structurels dont sont dépendants une bonne moitié des Etats membres, dans le sud et l’est de l’Union mais aussi de nombreux citoyens du reste de l’Union? Quid d’une demande des Pays-Bas ou des pays nordiques en faveur d’une renationalisation de la politique agricole? Ou à l’inverse, pourquoi pas, quid d’une France qui ferait le forcing pour une politique agricole commune qui lui soit encore plus favorable? Quid de la fin des législations sociales européennes, instaurant par exemple un temps de travail maximum ou des normes minimales à respecter pour les travailleurs détachés?

La seule réponse possible: un approfondissement de l’Europe

Face à cette double épée de Damoclès – le départ du Royaume-Uni pouvant en entraîner d’autres et son maintien montrant que le chantage permet d’obtenir un traitement de faveur –  la seule réponse possible est d’annoncer un approfondissement de l’Europe dès le lendemain du référendum du 23 juin. L’Europe se ressaisirait enfin pour éviter son affaiblissement collectif – et sa sortie de l’Histoire.

Depuis la crise de 2007-2008, nous savons tous qu’il nous faut faire un pas en avant: nous ne pouvons pas continuer avec une monnaie unique et 28 politiques économiques nationales. Le budget européen est bien trop faible pour donner le la économique européen et jouer un rôle significatif dans la lutte contre le chômage – alors que les marchés sont mondialisés. Quant aux plaintes récurrentes sur le manque de démocratie de l’Union, garantissons clairement aux citoyens que leur choix (européen) dans les urnes se traduira dans le corps politique européen. Il ne s’agit pas de construire un super-Etat, une super-fédération européenne: il s’agit de donner à l’Europe les moyens d’agir pour mettre fin aux maux venant non pas d’un excès de bureaucratie mais d’une incapacité de décision. Quelques transferts de compétences sont inévitables: nos défis communs exigent des réponses communes. Nos frontières extérieures seront mieux gardées si des gardes-frontières européens en ont la charge à la place des Etats membres individuellement. La coopération judiciaire et policière entre Etats membres doit devenir automatique et mieux coordonnée au niveau européen et nous devons nous doter des outils de renseignement communs nécessaires pour sécuriser l’espace Schengen. Nous devons passer de la parole aux actes pour réduire la concurrence fiscale et sociale entre les 28, qui mène actuellement à une harmonisation rampante par le bas – toujours plus de flexibilité aux dépens des travailleurs, toujours moins d’impôts sur les sociétés.

La zone euro: cadre naturel  pour relancer le projet européen

Bien sûr à 28 les vues sont parfois très divergentes les unes des autres. L’avancée que nous appelons de nos vœux pour éviter une désagrégation de l’Europe doit se faire sur la base du volontariat. Que les pays qui souhaitent une Europe forte et protectrice avancent et que ceux qui ne le souhaitent pas aient la possibilité de rester dans l’Union européenne actuelle. Le bond en avant vers une Europe politique peut se faire à moins de 28 – la zone euro semble le cadre naturel  pour ce progrès. Mesdames et messieurs les leaders européens, nous comptons sur vous le 24 juin prochain : Prenez vos responsabilités, montrez vous à la hauteur de l’enjeu !

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